Une méditation sélectionnée par notre frère Raphaël.
Regardant la terre, le vigneron se disait :
« Le sol travaille dans l’ombre pour nourrir des racines. Mais que deviennent ces racines ? Le sol n’y voit rien, il sait seulement qu’au-delà de lui-même poussent des ceps. »
Travaillant sa vigne, il se disait :
« Voilà qu’au fil des saisons, les ceps se développent et cachent encore des fruits à venir. Mais pourquoi ces grappes ? La vigne n’y goûte pas, elle sait seulement qu’au-delà d’elle-même, il y a la joie des vendanges. »
En pressant sa vendange, il se disait encore :
« Voilà que les raisins patiemment cultivés sont maintenant tout écrasés. Que va devenir ce moût sucré ? La vendange n’en sait rien, peut-être devine-t-elle qu’au-delà d’elle-même on attend le bon vin. »
En mettant son vin en bouteilles, il se disait encore :
« Voilà que ce vin sera maintenant consommé. Chaque bouteille sera partagée entre amis ou dégustée en tête-à-tête. Que devient le vin une fois bu ? Son au-delà lui échappe, mais celui qu’il préfère, c’est la convivialité. »
Le vigneron se disait finalement:
« L’au-delà est toujours devant soi. C’est ce que l’on devient au-delà de soi-même lorsqu’on est généreux, comme un sol, comme un cep, comme une vendange et un vin. »
Blaise Perret
Une méditation de rentrée proposée par notre frère Patrick pour clore celles de l’été.
Je veux chanter pour mon ami le chant du bien-aimé à sa vigne. Mon ami avait une vigne sur un coteau fertile.
Il en retourna la terre, en retira les pierres, pour y mettre un plant de qualité. Au milieu, il bâtit une tour de garde et creusa aussi un pressoir. Il en attendait de beaux raisins, mais elle en donna de mauvais.
Et maintenant, habitants de Jérusalem, hommes de Juda, soyez donc juges entre moi et ma vigne !
Pouvais-je faire pour ma vigne plus que je n’ai fait ? J’attendais de beaux raisins pourquoi en a-t-elle donné de mauvais ?
Eh bien, je vais vous apprendre ce que je ferai de ma vigne : enlever sa clôture pour qu’elle soit dévorée par les animaux, ouvrir une brèche dans son mur pour qu’elle soit piétinée.
J’en ferai une pente désolée : elle ne sera ni taillée ni sarclée, il y poussera des épines et des ronces ; j’interdirai aux nuages d’y faire tomber la pluie.
La vigne du Seigneur de l’univers, c’est la maison d’Israël. Le plant qu’il chérissait, ce sont les hommes de Juda. Il en attendait le droit, et voici le crime ; il en attendait la justice, et voici les cris.
… La prière de la vigne tient en elle à la fois le cri du sang versé et la jubilation de la fête. Elle est la prière du mystère pascal par excellence. Le maître de la vigne, devant la conduite insensée des vignerons homicides, pensait qu’ils épargneraient son fils. Mt 21, 33-43, 45-46. Mais le fils est mort dans la vigne, et son sang versé s’est mêlé aux raisins qui avaient été abandonnés sans soin.
Là s’arrête l’image. Le Christ, en aimant nos vies plus que la sienne, a versé son sang une fois pour toutes. La prière de la vigne, qui peut être une prière de larmes et de sang, est emportée par la prière du Fils unique. Lui seul peut transformer le pire en don. A l’heure de sa mort, il dit à son Père, en parlant des siens qui l’ont trahi : Ils ont gardé ta parole. […] Ils ont cru que tu m’as envoyé. […] Garde-les unis dans ton nom que tu m’as donné. Jn 17
Voilà le véritable fruit de la vigne : le Christ ouvre un avenir inouï, un avenir de fête à ceux qui n’avaient pas d’avenir. Cet avenir commence aujourd’hui.
Anne Lécu,
in Et vous, les arbres et les animaux, bénissez le Seigneur
Éditions Bayard
