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Méditation

fragilité, vulnérabilité

Pause méditation du 16 novembre 2020

Une méditation proposée par notre sœur Isabelle.

« Transidentité et vulnérabilité en période de pandémie »

Si nous étions dans un certain déni, à moi-même femme transgenre, comme à beaucoup d’autres sans doute, cette pandémie est venue nous rappeler, entre autres, que nous étions tou·te·s vulnérables et mortel·le·s, quel que soit notre âge, sexe, état de santé, pouvoir…, différemment, mais inévitablement.

Nous, personnes transgenres, ne sommes-nous pas tout spécialement appelées a être témoins de cette fragilité, vulnérabilité (dite à tort féminine !), revendiquées, symboliquement exprimées, ou plus ou moins reconnues et accueillies par nous ? Fragilité et vulnérabilité que paradoxalement nous sommes invité·e·s à faire fructifier humblement : « Quand je suis faible, c’est alors que je suis fort… » témoigne saint Paul, 2 Co 12:10.

Oui, pour moi, et probablement pour beaucoup de personnes transidentitaires, le féminin évoque plus spécialement la fragilité. Symbolique probablement, renforcée par une culture machiste, dont nous avons du mal à nous libérer. « Faibles femmes !», « C’est une femme si fragile, ne la laisse pas tomber… »
L’homme doit être fort, protecteur, dominateur, tout maîtriser… et n’a pas droit à la vulnérabilité, à la tendresse, au doute… voir à l’erreur et donc à la miséricorde, à la compassion. Certains scientifiques, techniciens, prétendent pouvoir tout contrôler, programmer ; leur vie, celle des autres, le vivant, la nature…, voire Dieu. Toute-puissance divine ! Oui, notre Dieu est tout-puissant, mais à travers la fragilité de son Amour infini et inconditionnel.

Peut-être que pour certains, cette obligation d’être forts, infaillibles, parfaits, insensibles… a été renforcée par une éducation, un environnement, voire une spiritualité mortifère… Toujours est-il qu’elle nous est devenue insupportable et que pour nous autoriser à enfreindre l’interdit, donc à accueillir la fragilité, à exprimer et recevoir tendresse et sensibilité, nous avons dû avoir recours à cette identification féminine, sous diverses formes et à divers degrés.

Ce n’est sans doute pas vrai pour certaines d’entre nous, car il y a beaucoup d’autres raisons, origines, connues ou non, à ce besoin identitaire vital. Toujours est-il que ces dernières années, après plus de 10 ans de vécu féminin, je m’interroge de plus en plus, sur ce qu’au delà du besoin vestimentaire, de papiers d’identité officiels, d’hormonothérapie, d’opération de réassignation pour certaines, plus ou moins satisfaisants, veut me dire cette « Isabelle ». Dit autrement, que veut me faire entendre, prendre conscience, cette réalité ? De plus en plus clairement, surtout dans ce contexte de pandémie, ne serait-ce pas : « Non seulement tu as droit à la fragilité, mais comme tout être humain, femme, homme, handicapé·e, différent·e ou non. Tu es vulnérable et mortelle. »

Comment reconnaître, accueillir, gérer au mieux et faire fructifier cette réalité indéniable ? Peut-être en admettant humblement que nous ne sommes pas tout-puissants (Jupiter, Dieu… !) et autosuffisants. Que nous avons besoin des autres, voire du Tout-autre, du Tout-puissant ! En essayant de devenir un peu plus humain, en reconnaissant nos limites de créature face au Créateur et en œuvrant à un peu plus de solidarité, de compassion, de bienveillance et de miséricorde. En veillant à des relations plus vraies, transparentes, généreuses, enrichissantes… En veillant à renforcer la communion, non seulement en Béthanie, mais aussi celle des croyants, de notre commune humanité, afin qu’à l’issue de cette épreuve, de ce Samedi Saint, où se joue notre Foi, Confiance, Espérance et Charité, la venue du Royaume ici-bas, la Vie et l’Amour sortent vainqueurs.

Isabelle

monde, univers

Pause méditation du 26 octobre 2020

Une méditation proposée par notre frère Raphaël.

« Aimer le monde »

Comment pouvons-nous ne pas aimer le monde si ce monde est un don que le Père a fait au Fils et qu’il a créé pour Lui, le Lui remettant, et le Lui destinant ? Comment pouvons-nous ne pas aimer le monde, si Dieu lui-même l’a aimé au point de lui donner son Fils bien-aimé ?
Comment pouvons-nous ne pas aimer le monde, si ce monde est la matière par laquelle nous devons construire le Royaume de Dieu ?

Les anciens auteurs chrétiens disaient : « En Dieu il y a un abîme de paternité », car le Père regarde toujours miséricordieusement notre monde avec toutes ses peines, ses péchés et sa perdition et donne son fils premier-né afin que le monde soit sauvé et renouvelé.
Le regard du père doit devenir notre regard sur le monde et sur ce qui s’y passe, même le mal, « car le Dieu Tout-Puissant (…), puisqu’il est souverainement bon, ne laisserait jamais un mal quelconque exister dans ses œuvres s’il n’était assez puissant et bon pour faire sortir le bien du mal lui-même. » Saint Augustin.

« Nous savons d’autre part que tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu. » Rm 8,28

Donc, dans le monde, pour un cœur qui aime Dieu, rien ne s’oppose à Lui, si ce n’est le péché, commis et poursuivi consciemment en tant qu’objectif.
Lorsque quelqu’un décide délibérément de faire le mal, il se place contre Dieu et contre le monde. Il n’y a rien dans le monde qui soit un obstacle à notre rapport avec Dieu, si ce n’est le mal volontairement accompli. Et même ce mal – une fois commis – devient pour Dieu l’occasion d’en tirer du bien.
Un chrétien sait que le mal existe, mais il ne se laisse jamais arrêté par lui.

Prier dans le monde de Antonio-Maria Sicardi, o.c.d.
hors-série Vives Flammes, Éditions du Carmel, 2015.

taizé, prière, aimer

Pause méditation du 19 octobre 2020

Une méditation proposée par notre sœur Élisabeth.

« Se dire prêt à aimer beaucoup de gens tout en refusant de les aimer tous, montre qu’on n’a pas compris de quelle nature est cet amour dont Jésus parle.
L’amour proposé par l’Évangile est sûrement exigeant mais se réalise toujours au niveau où chacun se trouve et non pas comme un idéal qu’on généralise. Chaque être humain porte une aspiration à l’amour. Quelles que soient ses capacités, quelle que soit son histoire, au fond de son être se trouve inscrite une conscience de l’amour. Même celui qui est égaré garde en lui une attente, le désir de rencontrer le véritable amour et de pouvoir aimer. »
Extrait d’une méditation de frère François de la Communauté de Taizé.

Père, aide-nous, s’il te plaît, à vivre et à donner cet amour véritable.

Donne-nous, Seigneur, un cœur nouveau,
Mets en nous, Seigneur, un esprit nouveau.


Élisabeth

amour inconditionnel, coeur

Pause méditation du 12 octobre 2020

Une méditation proposée par notre sœur Céline.

L’insensé de l’amour

On pourra dire ce qu’on veut,
l’amour n’a pas de sens…

Venir à ce monde (non pas naître)
tout en attendre
pour croître (non pas grandir)
pour entrevoir l’Autre (non pas rencontrer).

On pourra dire ce qu’on veut,
l’amour n’a pas de sens…

Embrasser un·e autre, une carrière,
tout en attendre
pour croître (non pas grandir)
pour entrevoir la vie (non pas la comprendre).

On pourra dire ce qu’on veut,
l’amour n’a pas de sens…

Être accueilli·e un jour,
sans étiquette ni case à remplir,
sans passeport ni certificat d’origine,
au delà des limites acceptées
au delà des images froissées.

Juste pour être.

On dira ce qu’on veut,
l’amour n’a de sens que lorsqu’il est inconditionnel.


Céline

merci

Pause méditation du 5 octobre 2020

Le premier lundi de chaque mois, nous entrons dans la poésie de notre frère Philippe.

19

Étonne-toi chaque jour
d’être encore là, vivant…

N’oublie pas les heures de plénitude
lumineuse et paisible,
que les mots ne pouvaient traduire…

Trésor encore intact aujourd’hui,
Respiration de l’infini
au creux de ton corps…

Mais ne relâche pas ta vigilance :
faible et fragile comme tu es,
c’est toujours le moment d’échapper à la peur,
à l’engourdissement,
à l’étroitesse de tes pensées…

C’est toujours le moment
d’accueillir un Secours et de remercier…

Il y a toujours à redescendre
tout au fond de toi-même
à la rencontre du Mystère…

C’est Lui qui, chaque fois,
renouvelle la confiance,
ton regard sur ta vie, sur le monde…
Lui qui réveille en toi la joie d’aimer…


Philippe

beauté humanité Jésus

Pause méditation du 28 septembre 2020

Une méditation proposée par notre frère Raphaël.

« Dieu doit toujours rester pour nous en chantier. »

Dire d’un homme qu’il est Dieu n’a pas en soi grand intérêt.

Il en va différemment lorsque nous confessons que l’homme qui est Dieu est un homme crucifié. Nous avons à confesser et penser Dieu à partir du Crucifié. On peut essayer de dédouaner Dieu de la souffrance de Jésus en faisant de l’humanité de Jésus le seul lieu de sa souffrance, en empêchant que cette question ne déborde ce cadre. Mais nous pouvons aller plus loin : penser que la souffrance de Jésus affecte, change, bouleverse ce que nous savons de la réalité même de Dieu. En Jésus, c’est Dieu lui-même qui est engagé dans la souffrance. La Croix ne nous contraint-elle pas à changer notre représentation de Dieu ?

Au cours des premiers siècles de l’histoire de l’Église, plusieurs croyants ont estimé que Jésus ne pouvait pas être Dieu égal au Père. Cette thèse pouvait être soutenue à partir des limites dont témoigne la vie historique de Jésus : celui-ci ignore, par exemple, le jour du Jugement, Jésus se fatigue, Jésus connaît l’angoisse. Tous ces aspects de la vie du Christ sont jugés incompatibles avec l’affirmation de sa divinité. La foi de l’Église n’a pas retenu ce point de vue. Ce qui est en jeu dans ce débat est plus la nature de Dieu que l’humanité de Jésus. Lorsqu’on dit de Dieu qu’il est infini, incommensurable, immuable, sans commencement ni origine, etc., on comprend ces affirmations de telle sorte que Dieu ne peut pas entrer dans nos limites humaines.

Or, pour la foi chrétienne, être limité, souffrant, affecté par l’ignorance et l’angoisse, tous ces modes humains d’exister n’ont pas été jugés incompatibles avec le fait d’être Dieu puisque nous confessons de Jésus qu’il est Dieu Fils de Dieu. Autrement dit, il ne faut pas partir de notre idée de Dieu, qu’elle soit philosophique ou même issue de l’Ancien Testament, pour déclarer que Jésus est Dieu, Fils de Dieu, mais il nous faut réinventer notre idée de Dieu à partir de l’humanité de Jésus, et donc aussi de l’humanité crucifiée de Jésus. Il nous faut perpétuellement remettre en cause nos représentations de Dieu à partir de Jésus. Dieu doit toujours rester pour nous en chantier.


Alain Durand
in Dieu choisit le dernier
Éditions du Cerf, 2010.

méditation, patience

Pause méditation du 21 septembre 2020

Une méditation proposée par notre sœur Loan.

« Qu’il vous soit fait selon votre Foi. »
Matthieu 9, 29

Toute histoire humaine commence bien par : Il était une Foi(s)…
Ne dit-on pas que la Foi Véritable soulève et transporte les montagnes ?
Alors j’imagine que la mauvaise foi fait facilement une montagne d’un trou de souris.

Combien de fois Seigneur j’ai douté de toi, moult fois, et à force de redouter cela finissait par devenir redoutable.

Combien de fois Seigneur j’ai cru que tu m’avais abandonnée, alors que c’est en m’abandonnant dans tes bras que j’ai retrouvé l’abondance de la VIE.

Combien de fois Seigneur j’ai cru que tu ne m’entendais pas alors que c’était moi qui n’étais pas à l’écoute de ta parole.

Combien de fois Seigneur j’ai laissé mes cinq sens (ouïe, vue, odorat, toucher, goût) s’altérer en raison de mon sixième sens qui est mon état d’esprit déplorable quand je me juge et juge mon prochain… plutôt que de méditer ta parole : « Ne jugez point, afin que vous ne soyez point jugés » Matthieu 7, 1.

C’est pourtant bien toi qui nous a donné la Foi et aimés le premier.

Béni sois-tu pour ta Patience infinie envers notre humanité si pauvre parfois.
Loué sois-tu pour ta Miséricorde face à nos tribulations dans le monde.
Je te rends grâce pour un jour à la fois, pour ce bonheur d’avoir réveillé mon âme d’enfant qui se réjouit de vivre en ton Amour infiniment bon.

Je t’aime Jésus le Christ.
Sororellement et fraternellement.

Je vous embrasse chaleureusement,
votre sœur Loan.



photo Zorka Hereford

Pause méditation du 14 septembre 2020

Une méditation proposée par notre sœur Marie-Agnès.

Les entrailles de Dieu

Je te loue, Seigneur, de n’avoir jamais donné de justification
au mal mais d’avoir, en lieu et place de tout discours, exposé
tes entrailles à la souffrance humaine

Je te loue, toi le Dieu incarné, de t’être affranchi des prisons
de nos théologies pour venir vivre
dans les limites que pose un corps, le vertige de l’insécurité

Je te loue, toi le Dieu d’ici et de maintenant,
de supporter la déchirure de la vraie compassion de laisser
à nos douleurs l’espace pour s’exprimer
sans nous pousser pour ton confort,
dans les bras d’une consolation préfabriquée

Je te loue, toi le Dieu de la délicatesse, d’avoir pour nos blessures
le respect d’un blessé
et d’ouvrir, dans le même temps, le cercueil
des jours où nous voulons nous enfermer.

Marion Muller Colard

visage enfant, innocence, Dieu

Pause méditation estivale du 31 août 2020

Une méditation estivale proposée par notre sœur Marie-Agnès.

« Il a donné son Unique, pour que tout humain ait la vie éternelle. »
Jean 3, 16

Il y eut
un Unique,

pour que tous
soient visités,

chacun dans son lieu,
en son plein milieu,

là où se croisent
la chair et le nom.

C’est toujours
par le singulier

que s’annonce
l’éternité.

Déchiffrer
ce visage

pour la lumière
qu’il porte :

notre humanité
enfin née

de consentir
aux mains du potier.

Nous sommes
poussières de terre,

mais enfants
d’un seul Père

et voués à une illimitée
fraternité

par l’Amour
qui a tout donné.


Francine Carrillo
Vers l’inépuisable, 52 traversées pour 52 semaines
Éditions Labor et Fides


Photo de Oumaima Dadaoua.

passerelle, passage, Dieu

Pause méditation estivale du 24 août 2020

Une méditation estivale proposée par notre sœur Marie-Agnès.

« Je serai qui je serai. »
Exode 3, 14

Nous ne sommes plus
simplement seuls,
pliés sur nos colères
ou nos rancunes.

Mais reliés
à plus large
que nous :

un appel à être,
un appel de l’être,
qui est, qui était
et qui vient.

Survient alors
ce que nous n’avions pas
entendu,

une passerelle jetée
vers une autre profondeur,
vers un juste bonheur,

si nous osions
nous risquer
sur l’autre versant
de nos peurs.

C’est sur le sable du non-savoir
dans l’absolue nudité du croire,

que se tient la Présence
qui délivre de l’errance.

Il suffirait d’un rien
pour goûter à cet éblouissement.


Francine Carrillo
Vers l’inépuisable, 52 traversées pour 52 semaines
Éditions Labor et Fides

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