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Archive de l’étiquette Jésus

Pause méditation du 31 mai 2021

Une méditation proposée par notre sœur Françoise.

Visitation

J’imagine assez bien que nous sommes dans cette situation de Marie qui va voir sa cousine Élisabeth et qui porte en elle un secret vivant qui est encore celui que nous pouvons porter nous-mêmes, une Bonne Nouvelle vivante.

Elle l’a reçue d’un ange. C’est son secret et c’est aussi le secret de Dieu. Et elle ne doit pas savoir comment s’y prendre pour livrer ce secret. Va-t-elle dire quelque chose à Élisabeth ? Peut-elle le dire ? Comment le dire ? Comment s’y prendre ? Faut-il le cacher ?

Et pourtant, tout en elle déborde, mais elle ne sait pas. D’abord c’est le secret de Dieu. Et puis, il se passe quelque chose de semblable dans le sein d’Élisabeth. Elle aussi porte un enfant. Et ce que Marie ne sait pas trop, c’est le lien, le rapport, entre cet enfant qu’elle porte et l’enfant qu’Élisabeth porte. Et ça lui serait plus facile de s’exprimer si elle savait ce lien. Mais sur ce point précis, elle n’a pas eu de révélation, sur la dépendance mutuelle entre les deux enfants.

Elle sait simplement qu’il y a un lien puisque c’est le signe qui lui a été donné : sa cousine Élisabeth.

Et il en est ainsi de notre Église qui porte en elle une Bonne Nouvelle – et notre Église c’est chacun de nous – et nous sommes venus un peu comme Marie, d’abord pour rendre service (finalement c’est sa première ambition)… mais aussi, en portant cette Bonne Nouvelle, comment nous allons nous y prendre pour la dire… et nous savons que ceux que nous sommes venus rencontrer, ils sont un peu comme Élisabeth, ils sont porteurs d’un message qui vient de Dieu. Et notre Église ne nous dit pas et ne sait pas quel est le lien exact entre la Bonne Nouvelle que nous portons et ce message qui fait vivre l’autre.

Finalement, mon Église ne me dit pas quel est le lien entre le Christ et l’Islam.
Et je vais vers les musulmans sans savoir quel est ce lien.

Et quand Marie arrive, voici que c’est Élisabeth qui parle la première. Pas tout à fait exact car Marie a dit : as salam alaikum ! Que la paix soit avec vous ! Et ça c’est une chose que nous pouvons faire. Cette simple salutation a fait vibrer quelque chose, quelqu’un en Élisabeth. Et dans sa vibration, quelque chose s’est dit… qui était la Bonne Nouvelle, pas toute la Bonne Nouvelle, mais ce qu’on pouvait en percevoir dans le moment. D’où me vient-il que l’enfant qui est en moi a tressailli ? Et vraisemblablement, l’enfant qui était en Marie a tressailli le premier. En fait, c’est entre les enfants que cela s’est passé cette affaire-là…

Et Élisabeth a libéré le Magnificat de Marie.

Finalement, si nous sommes attentifs et si nous situons à ce niveau-là notre rencontre avec l’autre, dans une attention et une volonté de le rejoindre, et aussi dans un besoin de ce qu’il est et de ce qu’il a à nous dire, vraisemblablement, il va nous dire quelque chose qui va rejoindre ce que nous portons, montrant qu’il est de connivence… et nous permettant d’élargir notre Eucharistie, car finalement, le Magnificat que nous pouvons, qu’il nous est donné de chanter : c’est l’Eucharistie.

La première Eucharistie de l’Église, c’était le Magnificat de Marie.
Ce qui veut dire le besoin où nous sommes de l’autre pour faire Eucharistie : pour vous et pour la multitude…

Christian de Chergé

Matière à penser

Une lettre d’ailleurs… envoyée par notre frère Raphaël.

J’écris de Béthanie

J’écris de Béthanie.
J’écris de la périphérie.

A quelques kilomètres seulement de Jérusalem, la belle, la sainte.
C’est là-bas qu’est le Temple. C’est là-bas que sont les doctes savants, les spécialistes de la Loi, les grands prêtres. The place to be !

Pourtant ici je suis à ma place. Au milieu des collines d’oliviers. Au grand-air.
Je ne me sens pas moins proche du Seigneur. D’ailleurs c’est à Béthanie qu’il vient se reposer, Lui, Jésus, le Maître. Quand il veut fuir la foule ou les bravades pharisiennes. Il vient ici, oui, je l’ai déjà croisé. Il était avec son ami Lazare, ils discutaient à l’ombre d’un dattier. Il fait souvent ça quand il est ici. Il s’assoit avec ses amis dans la maison ou près de la palmeraie. Pour discuter, échanger simplement, prendre un repas… Vivre une vie ordinaire qui lui rappelle celle de son enfance à Nazareth.
« Heureux les doux… »

On voit souvent passer par ici, sur le chemin pierreux qui monte jusqu’au village, des individus seuls et fatigués. Parfois même désespérés. Ils sont arrivés à Jérusalem, pour la plupart, après un long et difficile voyage, mais ne sont pas restés en ville. D’autres viennent de Samarie. De tous ces lieux saints où l’on adore le même Dieu qu’ici mais où l’on est tellement centré sur le rite, les traditions et la Loi, qu’on ne sait plus aimer.
A Béthanie, nous n’avons pas de docteurs, de savants théologiens, de scrutateurs ordonnés de l’Écriture. Vous n’y trouverez que des gens simples.
Nous n’aimons pas mieux Jésus qu’ailleurs. Nous ne connaissons pas mieux son Père, ni même la Parole plus profondément que dans les temples ou les lieux dont c’est la spécialité. 
Parce qu’ici, ce n’est pas un lieu de spécialistes, ce n’est pas un lieu religieux. Ce n’est pas une tour d’ivoire dans laquelle on s’enferme pour voir le monde de haut et débattre à n’en plus finir.
Non.

Ici c’est un lieu de vie. Un lieu de Paix. Pour Jésus, pour ses sœurs et frères, ses amis. On peut s’y reposer, s’y retrouver. Tous y sont les bienvenus. Ceux de Jérusalem, de Samarie ou d’ailleurs. Les désespérés, les abandonnés et les bien portants.
C’est pour ça que la vie ici me plaît. C’est pour ça que j’écris de Béthanie.
« Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau… »

Il y a quelque temps, nous avons vu arriver sur notre colline un groupe d’étrangers. Il y avait là deux hommes, main dans la main, accompagnés de deux femmes, main dans la main. Ils avaient reçu des coups. Paraissaient épuisés. Ils ont demandé à boire. Nous leur avons donné de l’eau. Et aussi du pain, et des poissons grillés. Et des fruits de nos vergers. Paraissant surpris de notre accueil, leurs visages s’illuminèrent de joie. Ils nous expliquèrent qu’ils s’attendaient à être repoussés loin du village.
Pourquoi ?

A la grande ville, on leur a dit qu’aimer n’est pas toujours bien. Que l’amour peut être désordonné, ou pire, ordonné au mal. Surtout leur amour à eux, à elles. On leur a enseigné que Dieu les aime, Lui qui est le Père de tout amour, mais qu’il ne veut pas de cet amour entre eux. Que c’était un péché terrible.
« Malheur à vous scribes et pharisiens hypocrites, vous fermez aux gens le royaume des cieux… »

Effrayés par ces propos, nous avons réfléchi et comme souvent, nous sommes interrogés : si Jésus était là, qu’aurait-il fait, Lui ?

A-t-il une seule fois condamné l’amour entre deux personnes ?

Aucun d’entre nous n’ayant jamais entendu dire une chose pareille, nous avons embrassé ses étrangers en sœurs, en frères. Nous les avons soignés et les avons invités à séjourner parmi nous autant qu’ils le voudraient.

Parfois, un prêtre ou un docteur passe sur le chemin qui contourne le village. Il nous voit en compagnie de ces étrangers devenus nos sœurs, nos frères. Et ils nous jettent un regard de mépris, ne daignant pas même faire halte pour recevoir un verre d’eau. Mais Jésus, Lui, le Maître, s’arrête toujours ici. Il a plaisir à partager nos soirées au coin du feu, à nous enseigner, à vivre au milieu de nous.

J’écris d’ici, de Béthanie.
De la périphérie heureuse.

Raphaël

Carême 2021 – 3e dimanche

Tout au long de ce Carême 2021 et jusqu’à Pâques, retrouvez les méditations du collectif LGBT+ & Croyant·e·s Anjou.

Sainte colère

C’est un des rares passages de l’Évangile où Jésus laisse éclater sa colère. C’est pourtant sa première visite à Jérusalem au moment de la fête de la Pâque, et son premier geste est de se fabriquer un fouet pour chasser les marchands, leurs bœufs et leurs brebis, ainsi que les changeurs de monnaie.

On peut alors s’étonner de cette violence, de cette spontanéité, de la liberté que se donne Jésus, petit nouveau en ville. Et les marchands et les changeurs sont choqués. Ils sont après tout de bonne volonté. Ils permettaient aux pèlerins accourus de tout Israël d’offrir un sacrifice au temple et de remplir leurs devoirs de croyants ! Leur présence est légitime, justifiée, et l’habitude de leur présence est devenue légale.

Jésus se rebelle non pas au nom de la loi, mais de la justice. Il ne vise pas le commerce, mais sa mauvaise utilisation, et les réflexes trop humains des hommes dans leur rapport à Dieu. Le culte devient un trafic, un échange de bon procédés un marchandage qui est sans doute un leurre : un cadeau à Dieu contre une faveur de sa part.

La colère de Jésus est un déclencheur, un moteur, une énergie qui détruit pour interroger et reconstruire. Son bouillonnement intérieur face à la naïveté, à l’égoïsme, à l’injustice, est aussi le nôtre parfois.

Comment pouvons-nous écouter, utiliser et dominer cette colère ?
Comment est-elle symboliquement un refus de ce qui ne nous paraît pas essentiel, pas ajusté, dans notre vie, dans notre foi, dans notre rapport à Dieu et aux autres ?
Comment faire pour comprendre nos propres colères, et celles des autres ?

Ce temps de Carême est un temps de conversion, autrement dit un basculement choisi : un moment idéal pour accueillir nos colères, et transformer protestations, refus, confrontations, en autant d’espace d’échanges, de dialogues et d’écoute.

Collectif LGBT+ & Croyant·e·s Anjou

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