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4e dimanche de l’Avent 2023

4e dimanche de l’Avent 2023

Méditation pour le temps de l’Avent proposée par Timothée de Rauglaudre.

« La foi révolutionnaire de Marie »
Luc 1, 26-38

Le premier mot qui me vient à l’esprit, en parcourant l’Évangile du jour, c’est celui de confiance. Une énième lecture de l’Annonciation pourrait susciter une certaine lassitude. Par rapport au passage qui suit directement cet épisode, la Visitation à sa cousine Élisabeth, qui montre une Marie en mouvement, dans l’action, avant d’entonner le chant de libération du Magnificat, celui qui m’a converti, la Marie recevant le message de l’ange Gabriel peut paraître passive. On nous a rebattu les oreilles du oui de Marie, seriné l’image d’une jeune fille un peu naïve et pieuse, qui ne saisit pas ce qui lui arrive mais accepte béatement sa condition. Quand on sait en plus que certaines exégèses féministes ont questionné le passage du Seigneur prenant Marie sous son ombre (Luc 1, 35) comme la possible allégorie d’un viol, le malaise peut s’additionner à la lassitude. La mère de Dieu, modèle premier de toutes les femmes chrétiennes, n’est-elle réduite à être qu’un réceptacle, fût-ce de la grâce divine ?

La foi, confiance active

Mais je lis aujourd’hui cette visite de l’archange avec une certaine tendresse. Dans cette Marie toute bouleversée, qui se [demande] ce que [peut] signifier cette salutation (Luc 1, 29), face à l’ange qui la qualifie de Comblée-de-grâce (Luc 1, 28), je me revois, assis sur les bancs de derrière, à mes premières messes, incapable de comprendre quoi que ce soit à la liturgie, aux prières eucharistiques, aux paroles des chants suivis en chœur par l’assemblée. Et pourtant, j’ai poursuivi mon chemin, sans me poser trop de questions, en me faisant simplement disponible à la découverte, à la surprise. J’ai appris à me dire intérieurement : Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole (Luc 1, 38). À demander à Dieu, dans ma prière intime, de prendre les commandes de ma vie, d’en être le seul maître, de me conduire sur ses chemins d’éternité (Ps 138 (139)). Ai-je été une créature passive, cédant à la niaiserie comme un adolescent à l’aube d’une rencontre amoureuse ? Je ne le crois pas. Je crois que la foi, étymologiquement la confiance, est une grâce donnée en toute gratuité, mais que la recevoir, l’accueillir au cœur de son quotidien, d’autant plus à une époque où domine la rationalité instrumentale – la foi ne sert à rien -, est un acte tout à fait souverain, actif, conséquent.

L’effort surnaturel de l’espérance

Quand il y a la foi, l’espérance n’est jamais loin. Espérer, croire que rien n’est impossible à Dieu (Luc 1, 37), est encore un effort monumental, surnaturel même. Bref, tout cet accueil de la grâce divine n’a rien d’un processus passif, il demande beaucoup de forces, il peut même être épuisant. Croire dans la traversée des ténèbres à la vraie lumière (1 Jean 2, 8) est infiniment plus fatigant que se laisser aller au désespoir et à l’apathie. Mais dire cela est un peu facile quand on vit dans une situation plutôt privilégiée. À l’approche de Noël, je ne peux m’empêcher de penser aux chrétiens palestiniens qui s’apprêtent à célébrer la naissance du Sauveur dans l’angoisse des bombes et de la répression, à Gaza, à Bethléem ou à Jérusalem-Est. Comment peuvent-ils voir au-delà d’un horizon obscur comme jamais, et croire que rien n’est impossible à Dieu (Luc 1, 37) ? Comment peuvent-ils entrer dans la confiance ferme de Job, traversant le malheur sans jamais douter de la bonté de son Créateur ? Il n’y a pas de recette miracle. Une telle disposition du cœur, une telle ouverture à l’espérance relève véritablement d’un effort surnaturel. Mais une chose peut y aider. En comprenant qu’il n’y a pas deux Marie, celle de l’Annonciation et du Magnificat, celle qui s’ouvre à la grâce et celle qui proclame dans la joie que le Seigneur renverse les puissants de leurs trônes et élève les humbles (Luc 1, 52), mais bien une seule, en comprenant que l’accueil de la foi est aussi l’accueil de la promesse libératrice du Seigneur, on peut marcher à la suite de Marie et de sa foi révolutionnaire, et alors peut s’ouvrir un chemin qui ne connaît plus aucune limite.

Ce chant pour accompagner la méditation : Bonum est confidere de Taizé.

Timothée de Rauglaudre
Journaliste et auteur

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